François Huchet

François Huchet
Maîtrise en sciences de la Terre, 2018
Directeur général du Réseau québécois sur les eaux souterraines (RQES)

« Lintégrité, lobjectivité, la rigueur et lesprit critique sont essentiels dans le monde scientifique. »


Pour François Huchet, la recherche n’a jamais été une fin en soi : elle doit avant tout servir à éclairer les décisions et répondre aux enjeux concrets du territoire. Diplômé de l’INRS, il a rapidement trouvé sa place dans l’écosystème de la recherche en hydrogéologie au Québec, où il s’est consacré pendant plusieurs années à mieux comprendre et protéger les eaux souterraines. Aujourd’hui directeur général du Réseau québécois sur les eaux souterraines (RQES), il poursuit ce même objectif : créer des ponts entre la science et l’action afin que les connaissances produites par la recherche puissent réellement soutenir la gestion de l’eau.

Après l’obtention de sa maîtrise, son parcours s’est poursuivi naturellement à l’INRS. Il rejoint l’équipe du professeur René Lefebvre comme agent de recherche en hydrogéologie, un poste qu’il occupera pendant sept ans. Cette période lui permet de participer à de nombreux projets liés à la protection et à la gestion des eaux souterraines au Québec, notamment dans le cadre du projet d’acquisition de connaissances sur les eaux souterraines (PACES) en Estrie. Il y développe entre autres des indicateurs de stress sur les ressources en eau souterraine, contribue à l’élaboration du premier bulletin sur l’état des nappes au sud du Québec et participe à l’évaluation des usages et de la recharge de l’eau dans un contexte de changements climatiques. « Ce qui est bien dans les projets de recherche, cest quon a une certaine liberté », souligne-t-il. « On peut orienter les projets selon les spécialités de l’équipe ou les enjeux que l’on souhaite approfondir. »

Ces années à l’INRS lui permettent aussi de tisser un solide réseau professionnel et de collaborer étroitement avec plusieurs personnes clés du milieu, notamment au ministère de l’Environnement. Cette proximité entre recherche et pratique nourrit sa réflexion sur la façon dont les connaissances scientifiques sont diffusées et utilisées. « On produit beaucoup de données et de rapports, mais ils ne sont pas toujours utilisés à leur plein potentiel », observe-t-il. C’est précisément ce constat qui l’a attiré vers le Réseau québécois sur les eaux souterraines (RQES), un organisme dont la mission est de rapprocher les scientifiques et les gestionnaires du territoire. À l’automne dernier, il saisit l’occasion d’en prendre la direction. « Jai toujours trouvé la mission de cet organisme essentielle », confie-t-il. « Le but, cest de mobiliser les connaissances scientifiques sur les eaux souterraines et de favoriser le dialogue entre les chercheurs et les acteurs de leau afin que ces derniers les utilisent pour soutenir une gestion durable de cette ressource sur leur territoire. »

Dans ses nouvelles fonctions, François Huchet travaille à organiser des rencontres et des ateliers qui réunissent scientifiques, municipalités, organismes et décideurs afin de partager les connaissances et d’orienter les projets de recherche en fonction des besoins du terrain. Cette approche collaborative s’inspire directement des valeurs qu’il a développées pendant son passage à l’INRS. « L’écoute et la disponibilité de mes codirecteurs, René Lefebvre et Christine Rivard, ont beaucoup compté pour moi », explique-t-il. « Cela favorise une relation de confiance mutuelle. Aujourdhui, jessaie dappliquer ces mêmes valeurs : être à l’écoute de toutes les opinions, quelles viennent de personnes très expérimentées ou de nouvelles voix qui apportent des idées différentes. »

Son passage à l’INRS lui a également transmis des principes fondamentaux qui guident encore sa pratique professionnelle. « Lintégrité, lobjectivité, la rigueur et lesprit critique sont essentiels dans le monde scientifique », affirme-t-il. « Ces principes permettent de partager des résultats avec transparence et discernement. » Il encourage d’ailleurs les étudiantes et étudiants actuels à multiplier les échanges et à ne pas hésiter à partager leurs idées. « Parfois, une simple discussion informelle autour de la machine à café peut débloquer une situation dans un projet de recherche », rappelle-t-il.

Pour l’avenir, François Huchet souhaite surtout voir la science occuper une place encore plus importante dans les décisions collectives. Il s’inquiète notamment de voir la parole scientifique parfois remise en question dans l’espace public. « Je trouve essentiel que la connaissance scientifique soit davantage valorisée, diffusée et entendue », explique-t-il. Pour lui, la solution passe par un meilleur dialogue entre les scientifiques et les parties prenantes sur le terrain. En favorisant ces échanges, il espère contribuer à une gestion plus durable de l’eau et à une meilleure planification du territoire, dans un contexte où les pressions sur cette ressource essentielle ne cessent d’augmenter.

[Propos recueillis en mars 2026.]

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