Michel Lefèvre

Michel Lefèvre
Doctorat en sciences de l’énergie et des matériaux (2003)
Directeur des programmes et des collaborations internationales, PRIMA Québec

« Un doctorat, cest plus une façon de travailler quun savoir. Ça apprend à regarder un problème sous différents angles, à trouver des solutions, à collaborer. »


Lorsque Michel Lefèvre quitte la Belgique à la fin de ses études d’ingénieur en sciences des matériaux, il n’imagine pas encore que quelques mois de stage au Québec jetteront les bases d’une carrière entière consacrée à l’innovation scientifique. Curieux d’explorer un nouveau domaine, il choisit un stage au laboratoire du professeur Jean-Pol Dodelet à l’INRS, attiré autant par l’expérience internationale que par un projet qui le sort de sa zone de confort. Ce premier contact, marqu
é par la découverte des piles à combustible et dun environnement de recherche stimulant, se transforme rapidement en un engagement à long terme : le professeur Dodelet lui propose dentreprendre un doctorat, quil accepte sans hésiter.

Au Centre Énergie Matériaux Télécommunications de Varennes, Michel découvre non seulement la rigueur de la recherche scientifique, mais aussi un milieu à taille humaine où la collaboration est au cœur du quotidien. Il garde un vif souvenir de cette communauté soudée. Les soirées de laboratoire, les échanges interculturels, les expériences qui n’attendent ni l’heure ni le jour, tout cela forge des liens durables et un esprit d’équipe qu’il considère encore aujourd’hui comme essentiel à sa formation.

Son projet doctoral, mené en collaboration avec des équipes en Belgique à l’Université Catholique de Louvain, porte sur un défi majeur : remplacer le platine utilisé dans les piles à combustible par des catalyseurs à base de métaux non nobles. Une quête scientifique exigeante qui demande patience, créativité et une grande capacité d’adaptation. « On essayait toute une série didées pour trouver le bon catalyseur. » Cette persévérance porte ses fruits : Michel parvient à établir la structure du catalyseur, un résultat majeur qui contribue à faire de l’équipe de l’INRS une référence mondiale dans ce domaine. Les publications qui en découlent, notamment dans Science et Nature Communications, compteront parmi les plus citées du secteur.

Après son doctorat, il poursuit un stage postdoctoral lié aux piles à combustible, collaborant avec le CNRC à Boucherville et l’industrie dans le développement de plaques bipolaires moins coûteuses. Puis une opportunité majeure survient : General Motors souhaite approfondir la recherche sur le catalyseur développé par l’équipe. Une chaire CRSNG est mise en place, ouvrant cinq années d’avancées scientifiques qui mèneront à des brevets clés. Fort de cette expertise, Michel cofonde une start-up, Canetique Electrocatalysis, issue directement des travaux réalisés à l’INRS. « Notre start-up était basée sur ces deux brevets On a collaboré avec General Motors, avec Toyota. » Malgré des partenariats internationaux prometteurs, l’entreprise devra finalement fermer, faute de financement suffisant pour poursuivre son développement.

Michel poursuit alors son parcours en recherche appliquée, avant de réorienter sa carrière en 2017. Il rejoint PRIMA Québec, un pôle de recherche et d’innovation dédié aux matériaux avancés. Il y occupe aujourd’hui le poste de directeur des programmes et des collaborations internationales. Ce rôle, où il accompagne chercheurs et entreprises, mobilise pleinement ses forces : capacité d’analyse, compréhension fine des enjeux scientifiques et technologiques, sens de la collaboration. « Je peux discuter facilement avec une entreprise ou un chercheur… même si je ne suis pas spécialiste de tout, j’arrive à comprendre l’ensemble. »

Ce changement de perspective, passer de la recherche à son financement et à son accompagnement, lui offre un nouvel angle sur l’innovation : « Cest toujours très intéressant. On voit plein de projets, on discute avec des entreprises, avec des chercheurs » Il continue ainsi à soutenir la recherche québécoise tout en contribuant à l’essor de technologies qui auront un impact concret, notamment dans des domaines comme l’énergie, la fabrication additive, l’environnement ou la santé.

Avec le recul, Michel estime que son passage à l’INRS lui a offert bien plus qu’une expertise pointue : une façon de penser. « Un doctorat, cest plus une façon de travailler quun savoir. Ça apprend à regarder un problème sous différents angles, à trouver des solutions, à collaborer. » Aux étudiants et étudiantes actuel·le·s, il conseille de profiter pleinement de cette période unique, et surtout de ne pas se limiter : « Ça nouvre pas quune porte, ça en ouvre plein. »

Pour l’avenir, il exprime un souhait simple mais essentiel : que les jeunes continuent de choisir la recherche et que celle-ci demeure au cœur des transformations nécessaires. « Toutes les choses quon a, nos téléphones, nos voitures électriques, cest grâce à la recherche. » Et il espère que l’innovation collaborative, à laquelle il consacre aujourd’hui son expertise, poursuivra son rôle clé pour répondre aux grands défis environnementaux, économiques et technologiques. « Dans mon milieu, les matériaux avancés sont partout. C’est vraiment là que se trouve le futur de l’innovation. »

[Propos recueillis en décembre 2025.]

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